Sur le cours Charlemagne, à Confluence, les riverains ont vu les voitures disparaître du jour au lendemain quand le tramway T2 a été prolongé en 2021. Cette fermeture provisoire, testée pendant plusieurs mois, a fini par convaincre une majorité d’usagers. C’est ce type de méthode, à plus grande échelle, que Lyon applique désormais à sa Presqu’île avec la zone à trafic limité (ZTL) couvrant environ 55 hectares entre Bellecour et les pentes de la Croix-Rousse.
Le dispositif, pleinement opérationnel depuis juin 2025, restreint l’accès motorisé aux seuls ayants droit et donne la priorité aux piétons, vélos et bus. Moins d’un an plus tard, la donne a changé : la nouvelle majorité métropolitaine revoit sa copie.
ZTL Presqu’île : un périmètre piéton revu à la baisse dès 2026
La ZTL ne fonctionne plus en continu. Depuis les ajustements décidés par la métropole, la restriction s’applique uniquement en soirée et le week-end : du lundi au jeudi de 19 h à 5 h, puis du vendredi 15 h au lundi 5 h. En journée, du lundi au vendredi matin, les véhicules circulent de nouveau.
Ce recul s’explique par les difficultés signalées par les commerçants et les habitants sous le régime de ZTL permanente. Les livraisons en semaine devenaient un casse-tête, et plusieurs enseignes de la rue de la République ont rapporté une baisse de fréquentation en journée.
On se retrouve donc avec un modèle hybride : piéton le soir et le week-end, ouvert aux voitures le reste du temps. Pour les piétons, le gain d’espace reste réel sur les créneaux de forte affluence (vendredi soir, samedi, dimanche). Pour les automobilistes, la contrainte quotidienne disparaît.

Rue Grenette et rive droite du Rhône : deux projets piétons abandonnés
La piétonnisation ne se résume pas à la ZTL. Deux autres chantiers illustrent les tensions autour de la place de la voiture à Lyon.
La rue Grenette a été rouverte à la circulation automobile par la nouvelle majorité métropolitaine. Cette artère commerçante du 2e arrondissement avait été fermée aux véhicules sous la précédente mandature. Une pétition contre cette réouverture a recueilli près de 1 000 signatures, preuve que le sujet divise quartier par quartier.
Le projet Rive Droite du Rhône, lui, a été purement abandonné. Ce programme prévoyait un réaménagement végétalisé et piéton d’un tronçon de la rive droite. La métropole LR a enterré le projet en juillet 2026, provoquant une autre pétition et la colère de l’ancien maire écologiste Grégory Doucet.
Ce que ces revirements changent sur le terrain
Concrètement, on perd deux axes qui auraient pu former un réseau piéton continu entre Confluence, la Presqu’île et les quais du Rhône. Les retours varient sur ce point : certains commerçants de Grenette se disent soulagés, d’autres estiment que la rue piétonne attirait davantage de promeneurs le week-end.
Qualité de l’air et piétonnisation à Lyon : des premiers résultats à nuancer
L’un des arguments centraux pour élargir les zones piétonnes reste la réduction de la pollution. Lyon dispose aussi d’une zone à faibles émissions (ZFE) qui interdit progressivement les véhicules les plus polluants.
Les effets combinés de la ZFE et de la ZTL commencent à être documentés, mais les données disponibles ne permettent pas encore de distinguer ce qui relève de la piétonnisation seule et ce qui vient de l’interdiction des véhicules polluants. Les stations de mesure du centre de Lyon enregistrent une tendance à la baisse du dioxyde d’azote, sans qu’on puisse l’attribuer à un unique dispositif.
- La ZFE cible les véhicules selon leur vignette Crit’Air, indépendamment du périmètre piéton.
- La ZTL réduit le volume global de trafic sur 55 hectares, mais seulement sur certains créneaux depuis l’assouplissement.
- Le report de circulation vers les axes périphériques (quais du Rhône, tunnel de la Croix-Rousse) n’a pas encore fait l’objet d’un bilan public détaillé.
Pour les Lyonnais qui vivent dans le périmètre, la différence se ressent surtout le week-end, quand la ZTL reste active et que le trafic de transit disparaît. En semaine, l’amélioration est moins perceptible depuis le retour des voitures en journée.

Piétonnisation à Lyon : le modèle hybride peut-il tenir dans la durée
Le cas lyonnais montre que la piétonnisation d’un centre-ville ne suit pas une trajectoire linéaire. On passe d’une expérimentation ponctuelle (un week-end sans voitures en 2019) à une ZTL permanente en 2025, puis à un assouplissement moins d’un an après le changement de majorité.
Ce va-et-vient politique a un coût opérationnel. Chaque modification du périmètre implique de reprogrammer les bornes d’accès, de mettre à jour la signalétique et de communiquer auprès des riverains. Les commerçants, eux, doivent adapter leurs horaires de livraison à chaque nouvelle version du règlement.
- La ZTL en mode soirée/week-end préserve l’animation piétonne sur les créneaux les plus fréquentés.
- L’abandon du projet Rive Droite supprime la perspective d’un axe piéton continu nord-sud.
- La réouverture de la rue Grenette recrée un point de friction entre flux piétons et automobiles dans l’hypercentre.
Lyon teste en réalité plusieurs modèles en parallèle : piétonnisation totale à Confluence (cours Charlemagne), ZTL modulable sur la Presqu’île, retour au statu quo sur Grenette. Aucune de ces formules n’a encore fait l’objet d’une évaluation consolidée sur plusieurs années.
La prochaine échéance concrète sera le bilan de la ZTL assouplies après un cycle complet (été, automne, hiver). D’ici là, les Lyonnais naviguent entre des rues tantôt piétonnes, tantôt ouvertes, selon l’heure, le jour et l’arrondissement. Le centre-ville de Lyon n’est pas devenu piéton : il est devenu piéton à temps partiel, et c’est peut-être la formule la plus réaliste pour une métropole de cette taille.

